Aashenayi  /  Canticum Novum, Emmanuel Bardon


Rencontre musicale en terre ottomane






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Ambronay AMY043

2014
[75:39]








1. Como poden   [4:09]   Cantiga 166 – ALFONSO X el SABIO (Espagne)   CSM 166

2. Rast nakis beste   [5:49]   Dimitri CANTEMIR (Empire ottoman)

3. Morenica   [5:56]   Romance séfarade (Turquie)

4. Dar dâmané sharâ   [10:44]   Khaled Arman (Afghanistan)

5. Sareri hovin mernem   [6:17]   Inspiration de la tradition arménienne

6. Der makam-i “Uzzäl Sakil Turna”   [3:23]   Dimitri CANTEMIR (Empire ottoman)

7. Nor tsaghik   [6:26]   Arménie

8. Bugün benim efkarım var zarım   [5:21]   Traditionnel Turquie

9. La comida d'la mañana & Khan delawar khan   [4:05]
Romance séfarade (Turquie)Khaled Arman (Afghanistan)

10. Durme, hermoza donzella   [7:26]   Romance séfarade (Balkans)

11. Sâqi ba khodâ   [8:26]   Khaled Arman (Iran)

12. Sirto   [2:00]   Traditionnel (Turquie)

13. O ffondo do mar tan chao   [5:28]   Cantiga 383 – ALFONSO X el SABIO (Espagne)  CSM 383










Canticum Novum
Emmanuel Bardon

Gülay Hacer Toruk, Mashal Arman, Emmanuel Bardon — chant

Shadi Fathi – tar, shourangiz
Aliocha Regnard – nyckelharpa & fidula
Emmanuelle Guigues – kamensheh, vièle
Aroussiak Guevorguian – kanun
Gwénaël Bihan – flûtes à bec
Isabelle Courroy – flûtes kavals
Philippe Roche — oud
Henri-Charles Caget et Ismaïl Mesbahi — percussions









Le Centre culturel de rencontre d’Ambronay reçoit le soutien du Conseil général de l’Ain, de la Région Rhône-Alpes et de la Drac Rhône-Alpes.
Le label discographique Ambronay Éditions reçoit le soutien du Conseil général de l’Ain.

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Remerciements à Judith Chomel, Pauline Mercier et Pauline Rivière
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Director  Daniel Bizeray
Managers  Clothilde Chalot & Hannelore Guittet
Editorial assistants  Ségolène Alquier


Recorded at  the Prieuré de Champdieu (42), France — 1 9th - 23 rd Sept. 2014
Recording engineers, recording producers  Céline Grangey, Virginie Lefebvre
Editing, mixing & mastering  Virginie Lefebvre
Cover photograph & design  Benoît Pelletier, Diabolus — www.diabolus.fr
Booklet layout  Ségolaine Pertriaux, myBeautiful, Lyon — www.mybeautiful.fr
Booklet photo credits  Bertrand Pichène, Canticum Novum
Printers  Pozzoli, Italy


℗ & © 2015 Centre culturel de rencontre d’Ambronay, 01500 Ambronay, France — www.ambronay.org

Made in Europe

Tous droits du producteur phonographique et du propriétaire de l'œuvre enregistrée réservés.
Sauf autorisation, la duplication, la location, le prêt, l'utilisation de ce disque pour exécution publique et radiodiffusion sont interdits.
All rights of the producer and of the owner of the work reproduced reserved.
Unauthorized copying, hiring, lending, public performance and broadcasting of this record prohibited.




English liner notes








ÉCOUTER L’AUTRE...

Sous le règne de Soliman le Magnifique, au XVIe siècle, l’Empire ottoman est à son apogée. Son armée et ses janissaires sont craints dans toute l’Europe, et Constantinople, sa capitale, émerveille le monde occidental. Cet empire est une terre d’accueil pour les séfarades chassés d’Espagne, c’est une terre de passage pour les populations du monde entier. S’y croisent la route de la soie, le chemin des tziganes, des peuples nomades... Pour Soliman, protecteur des arts et des lettres, La Sublime Porte n’a pas seulement une position stratégique privilégiée pour le commerce ou la guerre mais également une vocation à rassembler les cultures d’Orient et d’Occident. D’abord indifférents, les deux mondes sont devenus curieux l’un de l’autre, séduits, voire fascinés, ouverts enfi n à des infl uences réciproques. C’est imprégnés de ce contexte historique que nous avons choisi des pièces musicales témoignant de cette incroyable richesse interculturelle.
Le programme d’Aashenayi, (« rencontre » en persan) offre un voyage aux allers-retours incessants d’un monde à l’autre et témoigne de leur curiosité et de leur fascination réciproques. Un programme à l’image de ce haut lieu de passage dans lequel se mêlent les échos de la Perse, de l’Arménie, de la Turquie et de l’Europe. Un programme servi par des artistes qui s’appuient sur leur propre héritage musical pour jouer le répertoire de l’autre, donnant ainsi naissance à une expression commune.
Aashenayi regroupe une série de monodies issues à la fois de la tradition orale (les pièces séfarades et persanes) et de l’écrit (les pièces ottomanes, arméniennes et espagnoles). Le choix de l’instrumentation et l’élaboration sont le fruit d’un travail collectif et notre interprétation fait la part belle à l’improvisation.

Ce programme n’est pourtant pas une reconstitution historique mais avant tout une rencontre musicale d’aujourd’hui. Les musiciens de cet enregistrement, aux origines multiples (arménienne, turque, kurde, afghane, algérienne & française), ont tous fait le choix de partager cette expérience humaine depuis de nombreuses années au sein du groupe qu’est l’ensemble Canticum Novum. C’est le partage simple d’un geste collectif de notre quotidien dans lequel chacun, dans le respect de sa différence, trouve un point commun pour entrer en contact avec l’autre : l’expression orale.
Cette oralité, aussi différente soit-elle selon ses origines, exprime et transmet une mémoire, une expérience, une culture. L’oralité établit un dialogue. Mais avant que celui-ci ne se mette en place, il est important d’installer le silence pour écouter l’autre.
A l’heure où le monde montre plus de signes d’enfermement que d’ouverture, d’identitarisme que d’interculturalité, où l’on favorise de plus en plus l’intérêt particulier au détriment du collectif, où nos politiques économiques sont génératrices de clivages entre les hommes et où les inégalités sont de plus en plus marquées, il est plus que jamais nécessaire de se questionner sur la place que nous voulons donner à cette « oralité » dans nos sociétés.

La pratique artistique, garante de cette expression, fait partie de la vie. Elle devrait être aussi simple et évidente que les gestes du quotidien qui se partagent en communauté : travailler, aller à l’école, partager un repas, jouer, entrer dans une mosquée, une synagogue ou une église...

Continuons à créer des passerelles entre le passé et l’avenir pour que la pratique artistique, et en particulier la musique, permette encore et toujours d’inciter au dialogue, à la découverte, à la complicité, au questionnement...

La pérennité de l’aventure humaine ne peut commencer que par la rencontre... Aashenayi...

Emmanuel Bardon




RENCONTRE


Rencontre. Tel est le titre, Aashenayi dans la langue persane, de l’enregistrement de Canticum Novum présenté ici. Rencontre de musiques provenant d’un vaste territoire, celui sur lequel Soliman le Magnifique, sultan de l’Empire ottoman, a régné, au XVIe siècle, et qui s’étendait alors de l’Europe à l’Iran, de l’Occident à l’Orient. Rencontre aussi de musiciens appartenant aux diverses traditions inscrites dans cet espace avec les interprètes habituels de la formation, regroupés autour d’Emmanuel Bardon, son directeur musical.

Rencontre, c’est également le maître-mot de l’intitulé du CCR d’Ambronay. Là est mis en acte un projet de création, d’expérimentation et d’explicitation, réunissant des acteurs issus d’horizons aussi divers que ceux de la pratique musicale, instrumentale et chantée, de la mise en scène et de la recherche. Les œuvres produites, les formations dispensées, les Cahiers publiés témoignent de cette démarche. Une même interdisciplinarité se déploie au sein du Comité scientifique, partie prenante du CCR, qui s’attache à l’étude du fait musical avec une semblable diversité d’approche, puisque sont convoqués à l’éclairage d’une thématique commune les champs de la musicologie, de la philosophie, de l’anthropologie et de la psychanalyse. De la recherche à la musique, le chemin s’effectue également dans ce sens-là, entraînant l’inscription d’œuvres spécifiques dans la programmation, en contrepoint du propos scientifique.

La rencontre, c’est aussi ce qui se produit à chacun des concerts, durant le Festival. Et singulièrement ceux qui prennent place sous le chapiteau, là même où s’est produit l’ensemble d’Emmanuel Bardon. A dire vrai, il serait plus juste de parler non pas d’une seule rencontre mais d’une multiplicité de possibles. La plus évidente d’entre elles est, bien sûr, celle du public avec la musique interprétée, au moment précis où l’audition se produit. Or, l’éclectisme des programmes fait que l’expérience, déjà, est plurielle puisqu’on peut y entendre une musique aussi bien actuelle qu’ancienne, provenant de notre aire géographique et donc familière à certains d’entre nous, qu’une musique venue d’une autre partie du monde, plus souvent méconnue, et relevant de registres différents, traditionnel ou savant, à moins qu’ils ne cohabitent dans un même programme. On le voit, le pluriel est de mise, pour l’heure surtout du côté de l’écoute. Une écoute, du reste, propre à chacun, et résultat de son inscription particulière dans un ensemble plus vaste et de son parcours intime.

Cela étant dit, d’autres rencontres se profilent, entre une œuvre et ses interprètes, cette fois. Certains parmi eux privilégient, dans leur approche, une restitution au plus près d’un corpus dont ils se considèrent comme des transmetteurs. Fidélité revendiquée à des œuvres, par choix délibéré donc, guidé par un souci d’authenticité diraient-ils sans doute, ou parfois par le seul désir de perpétuer un corpus jugé menacé dans sa survie même et, de ce fait, comme arrêté dans le temps. Gageons qu’il existe autant de défi nitions de cette posture que de contextes dans lesquels elle s’inscrit et de subjectivités impliquées. D’autres vont chercher dans les traditions populaires encore vivantes des outils leur permettant d’interpréter la musique savante, par nécessité de lui donner chair. En quoi ils entraînent souvent les auditeurs dans une écoute elle aussi incarnée, dans laquelle le corps se trouve engagé, par son balancement ou par des battements de mains marquant la scansion du rythme. De fait, dans ces expériences-là, se retrouvent des pratiques quelque peu oubliées sous nos latitudes, si ce n’est décriées.

D’autres encore déplacent le centre de l’écoute en se tenant éloignés de l’idée même de reconstitution historique. Et c’est la démarche d’Emmanuel Bardon. Sa perspective n’est pas celle d’une restitution musicale, mais d’un partage vivant, qui se propose de retrouver, dans un répertoire ancien, des enjeux de notre temps. Ainsi, le melting-pot culturel qui caractérisait l’Empire ottoman du XVIe siècle résonne, à le suivre, avec celui qui s’observe dans nos sociétés contemporaines. Son projet est également de renvoyer l’écho, dans notre propre actualité, du choc qu’a pu représenter un siècle plus tôt, à la suite de pogroms, la fuite des Séfarades, les Juifs d’Espagne qui en seront définitivement chassés au terme de la Reconquête chrétienne, et dont la musique est largement représentée dans ce disque. Mais il souhaite aussi, par-delà le constat, nous entraîner dans la curiosité de l’autre, le goût de découvrir ce qui nous est étranger, qui constituaient déjà un trait majeur de ce moment de l’Histoire sur lequel il prend appui. Enfin, on le notera, la rencontre telle qu’il la défend va plus loin encore puisqu’elle s’effectue jusque dans la production des sons eux-mêmes : certaines des œuvres sont interprétées sur des instruments provenant d’une tradition autre, les musiciens s’emparant alors d’un corpus dont ils ne sont pas familiers et le restituant à travers leur propre mode de jouer.

On le voit, la rencontre offre quelque chose d’infini, et de toujours renouvelé, dans la pluralité déployée de ses multiples mises en œuvre. Et si l’on se prend à penser que le chapiteau, ce lieu éphémère dressé chaque fi n d’été pour quelques semaines et ensuite démonté, fonctionne comme la métaphore de ce qui s’y joue, c’est bien là la démarche choisie par le CCR en son entier.

Aline Tauzin
(membre du Comité scientifique du CCR d’Ambronay)












CANTICUM NOVUM

En redécouvrant et interprétant des répertoires de musique ancienne, Canticum Novum, ensemble créé en 1996 à Saint-Étienne, cherche à tisser des liens entre la musique européenne, le répertoire du bassin méditerranéen et celui de la route de la soie, riche de l’union du monde chrétien et d’un orient marqué d’une double hérédité juive et mauresque. L’ambition de Canticum Novum est de positionner l’aventure humaine et l’interculturalité au cœur de ses projets, et d’interroger sans cesse l’identité, l’oralité, la transmission et la mémoire. Chaque année, l’ensemble donne de nombreux concerts en France (festival Voix et Route Romane, festival Baroque de Pontoise, Journées de musiques anciennes de Vanves, Les Traversées de Noirlac, La mégisserie de Saint-Junien, festival Vochora, etc.) et à l’étranger.

Pour accompagner son public dans la découverte, la pratique et la création de ce répertoire, Canticum Novum mène, depuis 20 ans, un travail sur le territoire du département de la Loire, particulièrement dans les quartiers défavorisés et en zone rurale, à travers l’organisation d’ateliers de sensibilisation et de pratique artistique. Pour prolonger ce travail, Canticum Novum créé, en 2013, L’École de l’oralité, véritable laboratoire pluridisciplinaire de partage de cultures, ayant pour ambition de replacer la pratique artistique au cœur des gestes du quotidien, dont la pédagogie est fondée sur l’écoute et l’observation: l’oralité.

Depuis 2008, Le Festin Musical, festival de musique ancienne itinérant organisé par l’ensemble au sein d’écrins patrimoniaux ligériens, témoigne également de cette volonté de rencontres entre les peuples et les cultures.

Canticum Novum est conventionné par la Ville de Saint-Étienne et le Conseil Général de la Loire. Il reçoit le soutien de la Région Rhône-Alpes, le Ministère de la Culture et de la Communication – DRAC Rhône-Alpes, de l’ADAMI, du FCM et de la SPEDIDAM.




EMMANUEL BARDON

Après des études de violoncelle auprès de Paul Boufil, Emmanuel Bardon décide finalement de se consacrer au chant. Il obtient son diplôme supérieur de chant en 1995 après s’être formé auprès de Gaël de Kerret, puis Olivier Schneebeli et Maarten Koningsberger à la Maîtrise du Centre de Musique Baroque de Versailles. Il se perfectionne par la suite auprès de Montserrat Figueras, Jordi Savall, María Cristina Kiehr, Margreet Honig, Noelle Barker et Jennifer Smith, et continue aujourd’hui ses recherches auprès de Mireille Deguy et Ronald Klekamp. Il participe régulièrement aux productions d’ensembles tels que le Concert Spirituel, La Capella Reial de Catalunya, les Musiciens du Louvre-Grenoble, le Parlement de Musique ou encore la Simphonie du Marais. Il fonde Canticum Novum en 1996, ensemble avec lequel il développe de nombreux ateliers pédagogiques à destination du jeune public. Il a depuis sa création sensibilisé et formé plus de 10 000 enfants de la Loire aux répertoires de musique ancienne. Emmanuel Bardon est fondateur et directeur artistique du festival Musique à Fontmorigny depuis 1999.











LISTENING TO THE OTHER...

During the reign of Suleiman the Magnificent, in the sixteenth century, the Ottoman Empire was at its zenith. Its army and its janissaries were feared throughout Europe, and Constantinople, its capital, was the wonder of the western world. The empire was a welcoming haven for the Sephardic Jews expelled from Spain, and a crossroads for the populations of the whole world. The Silk Road, the path of the Gypsies, of the nomadic peoples, all passed here.
For Suleiman, as a patron of the arts and literature, the Sublime Porte not only possessed a commanding strategic position for trade or warfare; it also had a vocation to bring together the cultures of East and West. At first indifferent, the two worlds grew curious about each other, seduced, indeed fascinated, and fi nally open to reciprocal influences.

Thoroughly immersed in the historical context, we have chosen pieces of music that bear witness to this incredible intercultural wealth. The programme of Aashenayi (‘encounter’ in Persian) offers a voyage of exploration that constantly shuttles back and forth from one world to the other and demonstrates their mutual curiosity and fascination. A programme that reflects the situation of this transit point par excellence, where echoes of Persia, Armenia, Turkey and Europe intermingle. A programme served by artists who draw on their own musical heritage to play the repertory of the Other, thus giving birth to a common expression.
Aashenayi brings together a selection of monophonic songs derived both from the oral tradition (the Sephardic and Persian pieces) and the written (the Ottoman, Armenian, and Spanish pieces). The choice of instrumentation and the elaboration are the fruit of collective effort, and our interpretation gives a key place to improvisation.

Nevertheless, this programme is not a historical reconstruction but above all a musical encounter in the present day. The musicians of this recording, with their multiple origins (Armenian, Turkish, Kurdish, Afghan, Algerian, French), have all chosen to share this human experience for many years now as part of the group constituted by the ensemble Canticum Novum. It is the simple act of sharing a collective gesture of our everyday lives in which each of us, while respecting his or her difference, finds a common point to enter into contact with the other: oral expression.
This orality, however different it may be according to its origins, expresses and transmits a memory, an experience, a culture. Orality establishes a dialogue. But before that dialogue can take place, it is important to make silence in order to listen to the Other.
At a time when the world shows more signs of isolation than of open-mindedness, of identitarianism than of interculturalism, when priority is increasingly given to the particular interest to the detriment of the collective, when our economic policies generate divisions between human beings and inequalities are more and more marked, it is more necessary than ever to ask ourselves the place we wish to give this ‘orality’ in our society.

The practice of the arts, the guarantor of this expression, is part of life. It ought to be as simple and obvious as the everyday acts we share in our communities: working, going to school, sharing a meal, playing, entering a mosque, a synagogue or a church . . .

Let us continue to build bridges between past and future so that the practice of the arts, and of music in particular, can continue now and forever to encourage dialogue, discovery, friendly exchange, and inquisitiveness.

The perpetuation of the human adventure can only begin with encounters . . . Aashenayi . . .

Emmanuel Bardon
Translation: Charles Johnston


ENCOUNTER


‘Encounter’. That is the title, Aashenayi in the Persian language, of the recording by Canticum Novum presented here. An encounter with music from a vast territory, the empire over which the Ottoman sultan Suleiman the Magnificent reigned in the sixteenth century, which then extended from Europe to Iran, from West to East. And an encounter between musicians belonging to the diverse traditions included within that space and the regular members of the ensemble, grouped around Emmanuel Bardon, its musical director.

‘Encounter’ is also the key word in the designation of the Centre Culturel de Rencontre (CCR, Cultural Encounter Centre) of Ambronay. Implemented there is a project of creation, experimentation, and explicitation, bringing together protagonists from horizons as varied as those of the practice of vocal and instrumental music, of theatrical production, and of research. The works produced, the training dispensed, the Cahiers published, all bear witness to this approach. The same interdisciplinarity is to be found in the Comité Scientifique (Scholarly Committee), an active component of the CCR, which studies the musical act with similar diversity of approach, since the realms of musicology, philosophy, anthropology and psychoanalysis are all called upon to shed light on a common thematic area. From research to music: the process also works in the opposite direction, leading to the inclusion of specific works in the programmes of the Centre, in counterpoint with the scientific objective.

The encounter is also what occurs at each concert during the Festival. And more especially those that take place under the big top, the very place where Emmanuel Bardon’s ensemble appeared. In truth, it would be more accurate to speak of not just a single encounter, but a multiplicity of possible ones. The most obvious of these is, of course, that of the public with the music that is performed, at the precise moment when it is heard. Moreover, the eclecticism of the programmes means that this experience, already, is pluralistic, since it is possible to hear music both of our time and of earlier periods; music originating in our own geographical zone and thus familiar to some of us and music come from some other part of the world, most often little-known; music belonging to different registers, traditional or learned; and sometimes those different types of music cohabit in the same programme. Here, then, the plural is appropriate – above all, for the moment, in what our listeners hear. And each of them listens in his or her own way, the outcome of their individual inscription in a larger whole and of their personal itineraries.

That said, other encounters too emerge, this time between a work and its interpreters. Some of them give priority, in their approach, to a performance style that adheres as closely as possible to a corpus which they consider it is their role to transmit. A declared fidelity to the works in question, from deliberate choice, guided by a concern for authenticity, as they would probably say, or sometimes solely by the wish to perpetuate a corpus whose very survival they believe to be threatened and which should therefore be interpreted as if time had stood still. One may wager that there exist as many definitions of this position as there are contexts in which it appears and subjectivities engaged in it.

Other performers go to living popular traditions to seek tools that will enable them to interpret art music, out of the need to clothe it in fl esh and blood. In the process, they often invite their hearers to participate in a similarly incarnated listening experience, one in which the body is involved, swaying or clapping hands to the rhythm of the music. In fact, these experiences revive practices that are nowadays somewhat neglected, or even decried, in western Europe.

Others again shift the centre of the listening experience by keeping their distance from the very notion of historical reconstruction. And this is the attitude of Emmanuel Bardon. His perspective is not one of musical reproduction, but of a living, participative event, which aims to identify important issues of our time in this early repertory. Thus, in his view, the cultural melting pot that characterised the Ottoman Empire in the sixteenth century has a powerful resonance with the situation that may be observed in our contemporary societies. His project is also to fi nd an echo, in today’s current events, of the shock that must have occurred in Soleiman’s time with the flight of the Sephardim, the Jews permanently expelled from Spain at the end of the Christian Reconquista after a century of persecution, whose music is generously represented on this disc. But he also wishes, over and above our realisation of this music’s contemporary relevance, to encourage us to share that curiosity about the Other, that taste for discovering what is foreign to us, which already constituted a notable feature of the historical moment on which his programme is founded. And finally, it will be noted that the encounter he advocates goes still further, since it is involved even in the production of the sounds themselves: some of the pieces are played on instruments that come from a different tradition, so that the musicians must grasp a corpus with which they are not familiar and reproduce it using their own performance modes.

Clearly, then, the encounter offers something infinite and constantly renewed in the plurality of its multiple implementations. And if it should occur to our readers and listeners that the big top, that ephemeral place set up at the end of each summer for a few weeks and then taken down, functions as a metaphor of what is performed there, they will have put their finger on the approach chosen by the CCR as a whole.

Aline Tauzin (member of the Comité Scientifique du CCR d’Ambronay)
Translation: Charles Johnston












CANTICUM NOVUM

In its activities devoted to rediscovering and performing the repertories of early music, the ensemble Canticum Novum (founded in Saint-Étienne in 1996) seeks to forge links between European music, the repertory of the Mediterranean basin, and that of the Silk Road, enriched by the union of the Christian world and an Orient stamped with a double heredity, Jewish and Moorish. Canticum Novum’s ambition is to place the adventure of humanity and intercultural ism at the heart of its projects, and constantly to ask questions of identity, orality, transmission, and memory. Each year the ensemble gives numerous concerts in France (Voix et Route Romane festival, Festival Baroque de Pontoise, Journées de Musiques Anciennes de Vanves, Les Traversées de Noirlac, La Mégisserie de Saint-Junien, Vochora festival, etc.) and abroad.

With the aim of helping its audiences to discover, practise, and create this repertory, Canticum Novum has for the past twenty years been engaged in educational efforts on the territory of the Loire département, particularly in deprived neighbourhoods and rural areas, by organising outreach activities and musical performance and creative workshops. In order to extend this activity, in 2013 the ensemble founded l’École de l’Oralité (the School of Orality), a true pluridisciplinary laboratory dedicated to sharing cultures, whose ambition is to place artistic practice at the heart of everyday gestures, and whose pedagogy is founded on listening and observation: orality.
Since 2008, Le Festin Musical, an itinerant early music festival organised by the ensemble at heritage sites in the Loire département, has also testified to this desire to facilitate encounters between peoples and cultures.

Canticum Novum is an ensemble conventionné by the Ville de Saint-Étienne and the Conseil Général de la Loire. It receives support from the Région Rhône-Alpes, the Ministère de la Culture et de la Communication – DRAC Rhône-Alpes, the ADAMI, the FCM, and the SPEDIDAM.




EMMANUEL BARDON

After studying the cello with Paul Boufi l, Emmanuel Bardon decided to devote his career to singing. He received his diploma in vocal studies in 1995 after training with Gaël de Kerret, and subsequently with Olivier Schneebeli and Maarten Koningsberger at the Maîtrise du Centre de Musique Baroque de Versailles. He then went on to postgraduate work with Montserrat Figueras, Jordi Savall, María Cristina Kiehr, Margreet Honig, Noelle Barker, and Jennifer Smith, and currently studies with Mireille Deguy and Ronald Klekamp. He participates regularly in the productions of such ensembles as Le Concert Spirituel, La Capella Reial de Catalunya, Les Musiciens du Louvre-Grenoble, Le Parlement de Musique, and La Simphonie du Marais. In 1996 he founded the ensemble Canticum Novum, with which he has devised numerous educational workshops for young audiences. Since its creation it has introduced more than 10,000 children from the Loire département to early music and given them further training in these repertories. Emmanuel Bardon is also founder and artistic director of the festival Musique à Fontmorigny, which has existed since 1999.









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