Codex Las Huelgas · Femmes Mystiques, XIIIe siècle
XIIIth century Spanish sacred vocal music
Discantus





medieval.org
Opus 111 OPS 30-68

1992








1. Salve porta regni glorie ~ Salve salus gentium ~ SALVE  [1:20]   Hu  130 · motet — tutti

2. Rex virginum amator  [3:06]   Hu  1 · trope de Kyrie — 6-8 / 2-9

3. Ave maris stella  [3:53]   Hu  153 · conduit — 5-9 / 6-8 / 4-7

4. Catolicorum concio  [2:46]   Hu 31 · organum — 8 / 4-6

5. Benedicta et venerabilis  [3:45]   Hu 7 · trope de Graduel — 2 / 8  -;-  tutti

6. Verbum caro factum est ~ Gaude virgo nobilis   [1:58]   Hu  120 · motet — 7 / 4  -;-  3 / 7 / 4

7. In sapiencia  [5:32]   Hu 62 · prose — 8-6

8. Mundi dolens de iactura  [1:56]   Hu 87 · motet — 3-9 / 6-8 / 4-7

9. Veni redemptor gentium  [1:32]   Hu  164 · conduit — 5-9

10. Ave gloriosa ~ Salve virgo regia  [2:59]   Hu  101 · motet — 6 / 4-8  -;-  5 / 6 / 4-8

11. Maria virgo virginum  [2:52]   Hu 52 · prose — tutti

12. Stabat iuxta Christi crucem  [5:39]   Hu 61 · prose — 8

13. Victime paschali laudes  [2:34]   Hu 63 · prose — 6 / 9

14. Resurgentis Domini  [2:14]   Hu 43 · conduit — tutti

15. Audi pontus, audi tellus  [2:35]   Hu  161 · conduit — 7

16. Iam nubes dissolvitur ~ Iam novum sidus oritur  [1:24]   Hu  133 · motet — 2 / 5 / 4

17. Sanctus ~ Divinum misterium  [4:45]   Hu  18 · trope de Sanctus — tutti  -;-  8 / 9-2 / 5

18. In seculum artifex seculi ~ IN SECULUM  [1:04]   Hu  119 · motet — 1 / 7  -;-  3 / 1 / 7

19. Salve regina glorie  [3:21]   Hu 80 · prose — 6-8 / 5-9

20. Agnus. O Ihesu salvator  [2:57]   Hu 20 · trope d'Agnus — tutti, 9 / 6 / 4

21. Fa fa mi fa ~ Ut re mi ut  [1:08]   Hu  177 · conduit — tutti

22. Benedicamus Domino XIX  [4:23]   Hu  144 · organum — tutti





DISCANTUS
Brigitte Lesne

Laurence Brisset, 1
Claire Jéquier, 4
Lucie Jolivet, 5
Catherine Joussellin, 6
Emmanuelle Gal, 2
Anne Guidet, 3
Brigitte Le Baron, 4
Brigitte Lesne, 8
Catherine Sergent, 9






LE CODEX LAS HUELGAS

Le monastère de religieuses cisterciennes de Las Huelgas - situé aux portes de Burgos - fut fondé a la fin du XIIème siècle par le roi Alphonse VIII de Castille et son épouse Eléonor, fille d'Henri II d'Angleterre. Destiné a devenir le panthéon de la famille royale de Castille, il fut placé sous la protection de la Vierge et baptisé: "Monasterio de Santa María la Real".

De ce monastère nous est parvenu l'un des très grands manuscrits musicaux représentatif de l'Ars Antiqua (XIIème et XIIIème siècles): le "codex Las Huelgas", copié au début du XIVème siècle et jalousement conservé, aujourd'hui encore, par les religieuses. Précieux témoignage de la pratique du chant liturgique monodique et polyphonique en Péninsule ibérique, ce codex est exceptionnel tant par la diversité de son contenu que par sa qualité. Il présente en effet une collection particulièrement complète du répertoire de cette période: trope et prose (développement musical ou littéraire d'un chant liturgique, ou ajout à un chant liturgique d'une mélodie et d'un texte nouveaux qui peuvent s'en détacher pour devenir une forme indépendante), organum (polyphonie très ornée se développant sur une section de plain-chant), conduit (chant monodique ou polyphonique destiné a accompagner une procession durant l'office et présentant la particularité d'être nouvellement composé et non pas basé sur un chant liturgique préexistant) et motet (composition polyphonique née de l'ajout d'un nouveau texte sur un fragment d'organum).

La majorité des œuvres de ce manuscrit s'inscrivent dans la tradition de la célèbre École Notre-Dame de Paris qui s'imposa au XIIIème siècle comme le premier grand centre de création musicale en Europe (conduit "Ave maris stella", motets "Ave gloriosa", "Verbum caro factum est", ou organum "Benedicamus domino"); mais l'on y trouve également représentées des œuvres de style plus ancien se rattachant a l’École Saint Martial de Limoges, autre foyer de composition musicale qui s'épanouit en France aux XIème-XIIème siècles (trope de Kyrie "Rex virginum amator", organum "Catolicorum concio" et prose polyphonique "Victimae paschali laudes"). A ce fonds musical emprunté aux Écoles françaises, s'adjoignent une série de compositions originales, transmises par ce seul codex, et probablement originaires de Castille (motets "Salve porta regni glorie", "Mundi dolens de iactura", "In seculum supra mulieres", trope d'Agnus Dei "O Ihesu salvator", prose "Maria virgo virginum", conduit "Resurgentis Domini" et exercice de solmisation "Fa, fa, mi, fa / Ut, ré, mi, ut").

Selon le musicologue catalan Higinio Anglés qui publia au début de ce siècle le fac-similé et la transcription du manuscrit, le codex Las Huelgas fut écrit pour le service liturgique du monastère. Celui-ci entretenait des relations très étroites avec la cour qui venait fréquemment y séjourner - la plupart des religieuses étaient elles-même issues de famille noble, voire de famille royale -; célébrations liturgiques solennelles, cérémonies de couronnement, de mariage ou d'enterrement étaient autant d'occasions de célébrer avec faste, et notamment par la musique, la présence des monarques. L'austérité de la Règle cistercienne qui avait tenté au XIIème siècle une réforme du chant monastique, ne semble plus suivie avec tant de rigueur dans ce monastère placé sous protection royale et digne de tous les privilèges.

L'absence de documentation relative à la vie des moniales de Las Huelgas ne permet malheureusement pas d'affirmer qu'elles aient chanté la totalité du répertoire du codex. La présentation des œuvres de ce manuscrit par l'Ensemble DISCANTUS est cependant l'occasion de rappeler que les femmes ont tenu leur place dans le monde musical médiéval: le chant sacré, trop souvent exclusivement associé aux voix masculines, était quotidiennement pratiqué par les religieuses dans leurs monastères, à Las Huelgas comme dans la célèbre abbaye de Fontevraud, où a été réalisé cet enregistrement et où repose aujourd'hui la dépouille d'Henri II d'Angleterre, père de la fondatrice du "Monasterio de Santa María la Real".

Brigitte Lesne


Discantus, ensemble de voix de femmes, se consacre à la restitution du répertoire sacré monodique et polyphonique des XIIème et XIIIème siècles. L'ensemble développe ses activités en liaison avec le Centre de Musique Médiévale de Paris.
Brigitte Lesne, chanteuse, spécialisée dans le répertoire médiéval, a participé comme soliste à de nombreux concerts et enregistrements avec les ensembles "Alia Musica", "Gilles Binchois", "Alla Francesca"..., ou en solo en s'accompagnant à la harpe. Elle fonde l'ensemble Discantus en 1989.

Centre de Musique Médiévale de Paris
Paris Centre of Mediaeval Music — Institut für mittelalterliche Musik Paris


Producer & Engineer: Yolanta Skura
Enregistrement numérique / Digital Recording / Digitalaufnahme
(Fontevraud, Abbaye Royale, 23-26 January 1992)
Assistant engineer & Editing: Alexia Benoit
Layout: Joel Ambroggi, François Michel
Ⓟ 1992 Original sound recording made by Opus Production. Paris.
© 1992 Opus Production. Paris.
Réf.: OPS 30 - 68


Discantus is an ensemble of women's voices whose aim is to revive the repertoire of monodic and polyphonic sacred music of the 12th and 13th centuries. The ensemble works in collaboration with the Paris Centre of Mediaeval Music.

The singer, Brigitte Lesne, who specializes in the mediaeval repertoire, has performed as a soloist in a great many concerts and recordings with the "Alia Musica", "Gilles Binchois" and "Alla Francesca" ensembles. She has also appeared as a soloist, accompanying herself on the harp. She founded the Discantus ensemble in 1989.




THE LAS HUELGAS MANUSCRIPT

The Cistercian nunnery of Las Huelgas, which lies at the gateway to Burgos, was founded at the end of the 12th century by King Alfonso of Castille and his wife, Eleanor, daughter of King Henry II of England. lt was destined to occupy pride of place in the history of the Castillian royal family, whose monarchs placed it under the protection of the Virgin and christened it "Monasterio de Santa María la Real".

From this nunnery, there has come down to us one of the great musical manuscripts of the Ars Antiqua (12th and 13th centuries), the "codex Las Huelgas", copied out at the beginning of the 14th century and jealously guarded, even today, by the nuns. The manuscript, in addition to being an invaluable guide to the practice of monodic and polyphonic liturgical chant in the Iberian Peninsula, is an exceptional document both from the variety of its contents and its quality. One of its chief features is that it provides a wide-ranging sample of the repertoire of the period: trope and prose (musical or literary developments of liturgical chant, or additions of a melody or a new text to a liturgical chant capable of being detached from them to create a new form), organum (highly-developed polyphonic variations on a section of plain chant), conduit (a monodic or polyphonic chant intended as accompaniment to a procession during a service, and unusual in having been specially composed and not merely based on a pre-existing liturgical chant) and motet (a polyphonic composition arising from the addition of a new text on to a fragment of organum).

Most of the works in the manuscript fall into the tradition of the famous school of Notre Dame de Paris which imposed itself as the leading centre for musical composition in Europe (the conduit "Ave maris stella", the motets "Ave gloriosa", "Verbum caro factum est", or the organum "Benedicamus domino"); but there are also works of an earlier style associated with the school of Saint Martial de Limoges, another centre which flourished in France in the 11th and 12th centuries (the Kyrie trope "Rex virginum amator", the organum "Catolicorum concio" and the polyphonic prose "Victimae paschali laudes"). In addition to this body of music borrowed from the French tradition, there is a series of original compositions transmitted by this manuscript alone and probably of Castillian origin (the motets "Salve porta regni gloriae", "Mundi dolens de jactura", "In seculum supra mulieres", the trope of the Agnus Dei "O Ihesu salvator, the prose "Maria virgo virginum", the conduit "Resurgentis Domini" and the solmization exercise, "Fa, fa, mi, fa/Ut re mi, ut").

According to the Catalan musicologist Higinio Anglés, who published a facsimile and a transcription of the manuscript, the Las Huelgas codex was written for the liturgy of the nunnery. This institution enjoyed a close relationship with the court, which came frequently to stay there (most of the nuns were of noble blood and some, even, were members of the royal family). Solemn liturgical celebrations, coronation ceremonies, funeral and wedding ceremonies, all of these provided opportunities to organize prestigious services, particularly from the point of view of the music, in the presence of the royal family. The austerity of the Cistercian Order which had attempted a reform of monastic singing in the12th century, seems not to have been observed with the same degree of strictness in this nunnery which was placed under royal protection and was thus considered deserving of any number of privileges.

lt is unfortunate that the absence of documentation with regard to the lives of the nuns in Las Huelgas makes it impossible to state with any certainty that they actually sang the totality of the works assembled in the Codex. However, this recording by the DISCANTUS Ensemble provides an opportunity to remind one that women did indeed have their place in the making of music in mediaeval times. Sacred chant, which too often is associated exclusively with men's voices, was performed every day by women in their nunneries, at Las Huelgas just as at the famous abbey of Fontevraud where this recording was made and where lie the remains of Henry II of England, father of the foundress of the "Monasterio de Santa María la Real".

Translated by John Sidgwick






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