O Maria virgo
Las Huelgas – 1300
Kantika



2009   |   Integral Classic KANT 02







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IMAGEN




Hu 52       1 - Prosa. Maria virgo virginum
Codex de Las Huelgas
[3:50]

CSM 10       2 - Rosa das rosas
Cantiga de Santa Maria n. 10, codex B.1.2. El Escorial
[5:17]

3 - Introitus. Salve sancta parens
Graduale Galliac, BNF lat. 776
[6:52]

Hu 1       4 - Kyrie eleison. Rex virginum
Codex de Las Huelgas
[4:15]

5 - Gloria
Graduale Saint-Yrieix, BNF lat. 903
[4:46]

Hu 7       6 - Graduale. Benedicta et venerabilis
Codex de Las Huelgas (2 voix organum) · Graduale Galliac (plain-chant)
[7:09]

Hu 8       7 - Alleluia. Salve virgo mater Dei
Codex de Las Huelgas
[2:10]


Hu 61       8 - Hymnus. Stabat iuxta Christi crucem
Codex de Las Huelgas
[5:05]

Hu 12       9 - Offertorium. Recordare virgo mater
Codex de Las Huelgas · Graduale Galliac (plain-chant)
[3:09]

Hu 13       10 - Sanctus I.
Codex de Las Huelgas
[3:19]

Hu 22       11 - Agnus Dei. Gloriosa spes reorum
Codex de Las Huelgas
[2:25]

12 - Communio. Beata viscera Mariae virginis
Graduale Galliac
[5:43]

Hu 29       13 - Benedicamus Domino. Cum cantico
Codex de Las Huelgas
[2:07]






IMAGEN juillet 2007
Abbaye Blanche de Mortain



Ensemble
Kantika
Kristin Hoefener

Carlotta Buiatti · mezzo-soprano
Kinga Cserjési · soprano
Kristin Hoefener · mezzo-soprano
Kadri Hunt · alto
Emmanuelle Thomas · soprano

Messe Mariale de l’Abbaye Royale cistercienne de Las Huelgas (vers 1300)

O Maria virgo florata nigi stillans dilue
O vierge Marie des fleurs, chasse avec la rosée le froid de la neige



« O Maria Virgo » est la reconstruction d'une messe à deux voix qui aurait pu être ainsi chantée par les cisterciennes de l'abbaye Santa Maria la Real de Las Huelgas aux XIIIe et XIVe siècles.

La plupart des chants provient d'un manuscrit noté de l'abbaye de Las Huelgas, datant d'environ l'an 1300. C'est le seul livre de chants polyphoniques qui est encore conservé dans le lieu pour lequel il a été copié à l'origine. Le manuscrit de parchemin contient 45 chants monodiques et 141 polyphonies. Il n'a pas une fonction proprement liturgique, mais il est fort probable que l'on se servait de ce corpus pour enrichir la liturgie des grandes fêtes pendant l'année.

Quatre chants sont des plancti, chants funéraires monodiques pour différents membres de la famille royale. Ont été choisi pour cet enregistrement différents chants liturgiques et paraliturgiques pour reconstituer une messe pour la nativité de la Vierge : des chants de l'ordinaire tropés et en polyphonie (Kyrie eleison, Sanctus, Agnus Dei), des chants polyphoniques pour le propre de la messe (Alleluia, graduel et offertoire), un Benedicamus Domino à trois voix et deux magnifiques hymnes à la Vierge. Le recueil de chants de Las Huelgas, une collection de pièces uniques, est une source exceptionnelle pour nous aujourd'hui. Elle atteste de l'existence de plusieurs styles musicaux de cette époque charnière entre l'ars antiqua et l'ars nova. Certains chants sont d'origine aquitaine, un style reconnaissable par ses tropes et sa polyphonie caractéristique à deux voix. D'autres chants sont des organa dans le style de l'Ecole de Notre Dame de Paris des XIIe et XIIIe siècles.

Ces deux traditions figurent parmi les plus anciennes traditions polyphoniques transmises dans des manuscrits. D'autres chants, à savoir de très belles hymnes à la Vierge, montrent un style propre à l'abbaye de Las Huelgas. Faute de manuscrits Castillans de l'époque existants, des chants grégoriens du graduel de Saint-Michel de Gaillac (XIe siècle) complètent ce programme, l'Aquitaine étant étroitement, et depuis longtemps, en relation avec les communautés monastiques de la péninsule ibérique. L'abbaye cistercienne de Las Huelgas comptait parmi les plus importants couvents de la péninsule ibérique. Elle a connu un fleurissement au Moyen Age, apporté par les membres féminins de la famille royale castillane qui se retiraient dans le couvent pour vivre une vie contemplative, pour chanter la liturgie quotidienne avec les autres moniales.

La messe pour la nativité de la vierge commence par une prose à 2 voix, Maria virgo virginum, une composition strophique de style conductus de Las Huelgas. Puis, nous avons inséré, comme une courte méditation, la belle cantiga de Santa Maria Rosa das rosas du codex d'El Escorial B.1.2. Ce manuscrit du XIIIe siècle transmet une large collection de chants mariaux en langue Galicienne collectionnée à la cour du roi Alphonse X le Sage.

La messe continue avec l'introït Salve sancta parens en mode de ré plagal, emprunté au graduel Aquitain de Gaillac (BNF lat. 776). Le petit trope Virgo dei genitrix précède le premier verset du psaume 44 Eructavit cor meum et reviendra plus tard dans la messe comme verset du graduel. Suivent un Kyrie eleison de Las Huelgas à 2 voix dans le style de Notre-Dame de Paris avec le trope Rex virginum et un Gloria monodique en mode de sol emprunté du graduel de Saint-Yrieix (BNF lat. 903). Parmi les chants les plus élaborés de cette messe compte le graduel Benedicta et venerabilis, savant mélange de plain-chant (graduel de Gaillac) et d'un organum de Las Huelgas. Ce sont le premier mot du graduel Benedicta et une grande partie du verset Virgo dei genitrix qui ont été composé pour 2 voix, soulignant ainsi l'occasion de plus haute importance pendant l'année liturgique.

Suit un bel Alleluia à 2 voix du même manuscrit avec son verset Salve virgo mater dei dans lequel les voix s'entrelacent, se croisent de manière très élégante et simple à la fois. Un des plus beaux chants de ce programme est l'hymne monodique Stabat iuxta Christi crucem, magnifique plainte d'un style musical propre à ce couvent de cisterciennes de Las Huelgas. L'offertoire Recordare virgo mater, du style organum de Las Huelgas, est orné de trois double strophes de tropes polyphoniques. Le Sanctus à 2 voix semble pressentir le style de l'Ars nova avec ces voix assez émancipées rythmiquement. L'Agnus Dei est un autre plain-chant tropé, avec deux tropes polyphoniques proches du style aquitain avec ses croisements typiques des voix. Le deuxième trope O Maria virgo a donné son nom à cet enregistrement.

La messe se termine avec la communion Beata viscera Maria en mode ré du graduel de Gaillac et le Benedicamus domino tropé Cum cantico cum iubilo. Ce Benedicamus domino du codex Las Huelgas est le seul chant à 3 voix sur cet enregistrement et il clôt de manière solennelle ce programme avec sa reprise Deo gratias. Toutes les transcriptions mélodiques et rythmiques des chants grégoriens, des polyphonies de Las Huelgas et de la cantiga de Santa Maria font l'objet d'une édition qui sortira en même temps que ce cd.

Kristin Hoefener
Mass for the nativity of Mary at the Royal Cistercian Abbey Las Huelgas (about 1300)

O Maria virgo florata nigi stillans dilue
O virgin Mary of flowers, chase the snow away



«O Maria Virgo » is a reconstruction of a two-part mass as the female Cistercians of the 13th and 14th century abbey Santa Maria of Las Huelgas might have sung.

Most of the chants can be traced to a parchment manuscript of Las Huelgas containing 45 monodic and 141 polyphonic compositions. [ * Most of the songs come from a noted manuscript of the Abbey of Las Huelgas, dating from about the year 1300. It is the only book of polyphonic songs that is still preserved in the place for which it was copied originally. ] The corpus of chants, even though it is not an explicit liturgical collection, might well have been used for important feasts during the liturgical year.

The four monodic plancti from the collection were probably performed during funerals of the Royal family. For this recording we have chosen both liturgical and para-liturgical chants for the nativity of Mary: troped and polyphonic chants for the ordinary (Kyrie eleison, Sanctus, Agnus Dei) and for the proper (Alleluia, Gradual, Offertory), a three-part Benedicamus domino as well as two hymns for Mary. The important collection of chants from Las Huelgas is outstanding in mediaeval music tradition and shows many different styles of this time between ars antiqua and ars nova. There are chants in the style of Aquitanian polyphony with their two-part tropes or organa from the Notre-Dame School of Paris, two of the oldest polyphonic chant traditions in the 12th and 13th centuries which have been transmitted in manuscripts.

Otherwise there are monodic and polyphonic chants in honour of the virgin showing a highly original style from the Las Huelgas Cistercian abbey. The programme is completed by Gregorian chants from the 11th-century Gaillac gradual (BNF lat. 776), Aquitanian monasteries being very closely related to Christian communities on the Iberian Peninsula. The Abbey Santa Maria la Real of Las Huelgas was one of the most important Castilian monasteries and a cultural centre during the Middle Ages where Cistercian nuns have been living for centuries. The chant manuscript can be considered a document of that high period. Although the Cistercian ideals of sobriety and purity seem not to be followed completely in this abbey, the female members of the royal family retired to the convent for a contemplative life and daily liturgical chant with the community.

On the recording, the mass starts with the two-part prosa Maria virgo virginum, a strophic composition in the typical conductus style of Las Huelgas. Then, we inserted the beautiful cantiga de Santa Maria Rosa das rosas like a small meditation. This cantiga is noted in the 13th century codex B.1.2. from El Escorial, an impressive collection of Maria-chants in Gallician language collected at the court of Alfonso X the Wise of Castile.

After that the introitus Salve sancta parens in plagal d-mode from the Aquitanian manuscript Gaillac BNF lat. 776 follows. The small trope Virgo dei genitrix has been inserted before the first verse of psalm 44 Eructavit cor meum and comes back later during the graduate as verse. The two-part Kyrie eleison from Las Huelgas with its trope Rex virginum shows the characteristic style of the Parisian Notre-Dame School. The Gregorian Gloria has been taken from the Aquitanian Saint-Yrieix gradual BNF lat. 903. One of the most interesting compositions of this mass is the gradual Benedicta et venerabilis, a knowing mixture of a plainchant from Gaillac with a two-part organum from Las Huelgas. The first word Benedicta and part of the verse Virgo dei genitrix are sung in two parts to mark the high importance of the liturgical occasion.

A beautiful two-part alleluia with its verse Salve virgo mater dei shows the simple but very elegant crossing and folding of the two voices. Then the hymn Stabat iuxta Christi crucem, a magnificent monodic plaint of a musical style which is typical of the Cistercian convent in Las Huelgas, is to be heard, and the two-part offertory Recordare virgo mater in the Las Huelgas-organum-style with three double-strophic tropes at the end. The polyphonic Sanctus to follow, also for two voices, seems to announce the new style of the 14th century ars nova with its rhythmical rather independent parts. Agnus Dei is a plainchant with two polyphonic tropes of Aquitanian style with voice crossing, whereas the second trope O Maria virgo has inspired the title of the recording.

The mass closes with the communion Beata viscera Maria in d-mode from the gradual of Gaillac and the troped Benedicamus domino Cum cantico cum iubilo. This Benedicamus domino from Las Huelgas is the only three-part chant of this recording and a solemn ending of the programme with its reprise of the Deo gratias. The melodic and rhythmical transcriptions of the plainchant, the Las Huelgas compositions and the cantiga will be published simultaneously with the recording.

Kristin Hoefener


[ * missing English translation in the CD booklet ]





Le monastére de Las Huelgas au Moyen Âge


« Las Huelgas » : le mot peut désigner un lieu de repos, mais aussi, plus vraisemblablement, des pâturages pour le bétail. Situé au bord de la rivière Arlanzôn, à proximité de Burgos, le monastère royal de Las Huelgas est attesté en tant que tel à partir de 1187. Fondé par le roi de Castille Alphonse VIII (1158–1214) et son épouse Aliénor, il se voit attribuer dès l'origine une double fonction : servir de lieu d'accueil aux infantes et aux grandes dames de l'aristocratie d'une part, jouer, par ailleurs, le rôle de panthéon pour les membres de la famille royale. Officiellement incorporé à Cîteaux en 1199, il est dès lors à la tête de tous les établissements cisterciens féminins du royaume, ce qui représente à terme une douzaine de maisons. Aliénor, fille de la grande Aliénor d'Aquitaine, soeur de Jean sans Terre et de Richard Coeur de Lion, mère de Blanche de Castille et grand-mère de saint Louis, intervint sans doute de façon décisive dans cette promotion du monachisme féminin qui s'inspirait peut-être de Fontevraud. La célébrité de Las Huelgas dans l'histoire du monachisme médiéval est liée à l'exceptionnelle puissance de son abbesse. Celle-ci donnait sur un vaste territoire l'autorisation de prêcher, de confesser, de célébrer, elle nommait les curés.

Ces pratiques, étonnantes pour une femme, s'étaient installées progressivement. Mais dans le strict domaine du spirituel, elles étaient sans doute en place dès la fin du XIIe siècle et l'on comprend qu'elles aient semblé scandaleuses aux dirigeants d'une Église invariablement gouvernée par des hommes. C'est très certainement en pensant à l'abbesse de Las Huelgas qu'en 1210, le pape Innocent III condamna les abbesses des diocèses de Burgos et Palencia car elles bénissaient et confessaient leurs propres moniales, et surtout car elles avaient « la présomption de prêcher publiquement l'Évangile ». Le pape rappelait alors que « même si la Vierge Marie fut plus digne et plus excellente que tous les apôtres, ce n'est pourtant pas à elle mais à eux que le seigneur remit les clés du royaume céleste ». Institutionnellement, les monastères féminins placés sous la dépendance de Las Huelgas envoyaient tous les ans leurs représentantes à une sorte de chapitre général qui rappelait celui de Cîteaux. On avait bien là l'ébauche d'une congrégation féminine, cistercienne mais partiellement autonome, qui était alors sans équivalent dans l'Église.

Le monastère de Las Huelgas joua durant des siècles un rôle de premier plan pour les monarques castillans. Ferdinand III, Alphonse XI, Henri II et Jean Ier y furent armés chevaliers selon un cérémonial particulièrement original, puisque l'on avait recours à une statue de Saint Jacques dotée d'un bras articulé. D'autres souverains, Alphonse X, Alphonse XI encore, Jean II, y furent couronnés. Certains mariages, comme celui de l'infant Fernando de la Cerda et de Blanche de France, fille de Louis IX, restèrent dans les mémoires pour leur caractère solennel. Lieu privilégié de la mise en scène du pouvoir royal, le monastère de Las Huelgas était aussi un bel exemple de syncrétisme artistique.

Les tombeaux des rois, des reines, des princes et des princesses de sang royal étaient souvent tapissés intérieurement par de somptueux tissus d'origine orientale. L'église abritait également un magnifique étendard, considéré comme la bannière prise aux musulmans par les chrétiens lors de la bataille de Las Navas de Tolosa (1212).

Une chapelle (dite des Claustrillas) remontant à l'époque de la fondation était construite dans un style almohade d'une grande pureté. Et comme on s'en doute, la musique occupait une grande place dans cette exhibition permanente de beauté destinée à manifester la gloire de Dieu et des rois.

Patrick Henriet
(Patrick Henriet est professeur d'histoire médiévale à l'université de Bordeaux III)








IMAGEN
The Las Huelgas Monastery in the Middle Ages


Las Huelgas – the word may stand for a place of rest, but even more probably a pasture. The royal monastery, having been mentioned since 1187, is situated at the river Arlanzon, near Burgos. A foundation of the king of Castile Alfonso VIII (1158–1214) and his wife Eleanor, the monastery has a double function: a place for the infants and ladies of the high aristocracy and a pantheon of the royal family. The convent was officially incorporated into Citeaux in 1199, but continued to play a very important role among the dozen or so female Cistercian convents in the kingdom. Eleanor, daughter of the great Eleanor of Aquitaine, sister of John Lackland and Richard the Lionhearted, mother of Blanca of Castile and grandmother of Saint Louis, had an outstanding role, during this promotion of the female monasticism which might have been inspired by Fontevraud. The celebrity of Las Huelgas in mediaeval monasticism has to do with the exceptional power of its abbess, who reigned over a large territory by giving permits to preach, to confess, to celebrate and even by installing priests herself.

This, coming little by little, was a rather astonishing range of power for a woman in that period. From at least the end of the 12th century this power in the spiritual domain, in a church completely dominated by men, provoked several scandals. In this context, we can understand the reasons of the condemnation of the abbesses in the dioceses of Burgos and Palencia, blessing their own nuns and "having the presumption to preach the gospel in public", by pope Innocent III in 1210.
The pope reminded them that "even if the virgin Mary has been worthier and more excellent than all the apostles, it has not been to her that the Lord handed over the keys of the kingdom of heaven". Officially, all the female monasteries dependent on Las Huelgas had to send their representatives to a general chapter resembling the one held in Citeaux. The Las Huelgas congregation acted partially like an autonomic Cistercian congregation which was unknown in the church until then.

As the centuries passed, the Las Huelgas monastery continued to play an important role for the Castilian monarchs. Ferdinand III, Alfonso XI, Henry II and John I were armed there as knights in a particular original ceremony with a statue of Saint James. Other kings, such as Alfonso X, Alfonso XI and John II were crowned in Las Huelgas.We also know about very solemn marriages celebrated there, like the one between the infant Fernando de la Cerda and Blanca of France, daughter of Louis IX. As a place of staging for the royal power, the Las Huelgas monastery is also an example of artistic syncretism.

The sepulchres of the kings, queens, princes and princesses of royal blood were often decorated on the inside with sumptuous oriental tapestries. In the church was also kept a magnificent banner, told to be the one taken from the Moslems by the Christians during the battle of Las Navas de Tolosa in 1212.

One of the chapels called Claustrillas, constructed at the very beginning of the foundation, showed the Almohad style in all its purity. And, of course, the music occupied a place of honour in this permanent expression of beauty destined for the glory of the Lord and the kings.

Patrick Henriet
(Patrick Henriet is professor for Mediaeval history at the University of Bordeaux III)






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