Trialogue / Dominique Vellard, Aruna Sairam, Noureddine Tahiri
A project around South Indian, Moroccan and medieval European traditions





medieval.org
glossamusic.com
Glossa Platinum GCD P32306

2012









1. Al-Adhân   [2:36]   Call to prayer (Islamic tradition)

2. Benedicam   [2:52]   Gradual (plainchant)

3. Lalitha Saharsaranamam   [3:03]   Vedic recitation


4.   [13:30]
Kanthamam Kathirkamam · Mayuram Vishwanatha SASTRI, (Raga Sindhu Bhairavi)
Alleluia, imperatrix egregia · Anonymous


5. Al Kalbou   [4:54]   Mowale (naawande mode)

6. Puis que ma dolouri   [3:38]   Guillaume de MACHAUT, virelai

7. Raga Amritavarshini   [6:50]   Muthuswami DIKSHTAR

8. Entre terre et ciel   [10:03]   Baptiste Romain, instrumental · CSM 260

9. Ihesus Cristz   [5:11]   Guiraut RIQUIER

10. Raml el maya   [3:54]   Arabo-Andalusian repertoire

11.. Eppo Varuvaro   [3:53]   Gopaalakrishna BHAARATIYAAR


12.   [7:18]
Por nos virgen madre · ALFONSO X el SABIO, cantiga · CSM 250
Chamss el achiya · Arabo-Andalusian repertoire


13.   [11:19]
Shanti · Setumaadhava RAO
Salam · Improvisation
Agnus Dei · Plainchant









INDIAN TRADITION
Aruna Saïram, voice
H. N. Bhaskar, violin
Patri Satish Kumar, mridangam

MOROCCAN TRADITION
Noureddine Tahiri, voice
Driss Berrada, oud

EUROPEAN MEDIEVAL REPERTOIRES
Dominique Vellard, voice (& oud)
Baptiste Romain, fiddle (& voice)
Keyvan Chemirani, zarb




Recorded in the church of Mont-Saint-Jean (Bourgogne, France) on 6-9 June 2011
Engineered by Jean-François Felter (ADMson)
Produced by Jean-François Felter and Ensemble Gilles Binchois
Executive producer: Carlos Céster

Art direction & design: oficinatresminutos.com
Editorial direction: Carlos Céster
All photographs taken by Anne-Marie Vellard in Chambéry (Espace Malraux) on 4 June 2011,
except the last one, taken by Stéphanie Hammarstrand in Dion (Grand Théâtre) on 7 June 2011

Editorial assistance: María Díaz, Mark Wiggins

edition produced by glossa music s.l. for note 1 music gmbh
℗ & © 2012 note 1 music gmbh



English liner notes









‘Trialogue’

«L’homme est un vase que Dieu a créé pour lui-même et qu’il a rempli de son inspiration afin d’y accomplir ses œuvres» (Hildegard von Bingen)

I. Une recherche, une rencontre...

Depuis le milieu du XIXe siècle, de nombreux musiciens et musicologues ont cherché dans les traditions musicales extra-européennes des clés pour la compréhension du chant grégorien. Ce fut également ma démarche: aller puiser à la source des musiques de tradition orale les gestes vocaux universels permettant de transmettre l’esprit et l’émotion du texte par le chant.

Si dans notre siècle la musique a perdu une grande partie de ses fonctions, pour l’homme du Moyen Age son rôle est double, personnel et social. Porte vers le Divin, moyen de connaissance de la perfection de la création et de la place de l’homme dans cette création, la musique a également un rôle d’intégration de l’homme dans son milieu social, pour le former et le divertir.

Dans la majorité des grandes traditions mystiques, le chantre est vecteur d’une force qui le traverse; tout son art consiste à transmettre ce qui lui est donné, mais la prétention lui est interdite, elle ôterait toute valeur à son chant. Ce chant libéré de l’ego du chanteur possède alors un pouvoir qui lui est propre, l’une de ses principales fonctions est de toucher le plus profond de nous-mêmes en brisant nos résistances. Et c’est à la recherche de cette vérité profonde du chant, du sens et de la raison qui ont mené à la création des répertoires que j’interprétais, que la confrontation avec d’autres traditions musicales m’a paru indispensable, sollicitant de moi une exigence artistique accrue pour pouvoir dialoguer de pair avec des artistes établis dans une tradition forte et séculaire.

Après plus de 15 ans consacrés à la musique du Moyen Age, j’ai eu l’opportunité de rencontrer Aruna Saïram et de construire avec elle un premier programme de concert. Nous avons pris le temps de rechercher dans nos répertoires les pièces qui semblaient trouver un écho dans l’oreille de l’autre et, petit à petit, avons pu établir un riche dialogue musical et humain. Cette amitié et connivence musicale a généré une trentaine de concerts en Europe, Inde, Maroc, et Malaisie ainsi qu’un enregistrement pour EHU intitulé Sources, paru en 1999. Notre rencontre en 2002 avec le chanteur marocain Noureddine Tahiri a été le ferment d’un nouveau programme ayant pour seule direction le plaisir du dialogue, chaque tradition, chaque religion, s’enrichissant de l’écoute de l’autre. Il en est ressorti un message sous-jacent qui s’est révélé dans la dernière pièce de cet enregistrement, celui d’une paix pour tous espérée par chacun.

Afin de poursuivre cette merveilleuse aventure musicale et humaine, nous avons ressenti l’envie d’y associer les instrumentistes qui nous accompagnent régulièrement dans nos traditions respectives. Cela nous permet d’aborder d’autres aspects de nos répertoires qui ne se suffisent pas du chant à voix nue et qui mettent en évidence de nouvelles correspondances. Nous avons donc invité au concert des voix les instruments mélodiques: le violon pour le chant carnatique, le oud pour la musique arabe et la vièle à archet pour les traditions médiévales, ainsi que les percussions: mridangam et daf, qui sont un apport considérable pour la confrontation des trois traditions sur le plan rythmique.

Grâce à une résidence de création à Chambéry, en juin 2011, chacun a pris le temps de proposer des pièces qui puissent se correspondre tant sur le plan du contenu textuel que sur le plan modal ou rythmique. Que ce soient des chants de louange pure ou bien l’expression humaine de l’amour côtoyant celle de l’amour mystique, le programme se déroule comme s’est déroulée la rencontre: par la mise en œuvre progressive des moyens musicaux: le chant lancé à voix seule est petit à petit rejoint par l’instrument mélodique qui lui répond, qui l’enrobe pour l’emporter vers un autre mode d’expression qui sollicite toutes les forces terrestres (les percussions sont ici comme l’assise terrestre du chant) où prendre un élan qui le libère de ses limites, de ses frontières.

Cet enregistrement est le point d’épanouissement que tout musicien cherche à atteindre le plus souvent possible dans sa carrière, il est le témoin d’un moment de pure entente à travers la musique et, par cela même, porteur d’un fort message de dialogue, de respect et d’amitié entre les trois grandes traditions ici réunies, tant sur le plan musical que spirituel.

DOMINIQUE VELLARD


II. Entre terre et ciel...

Benedicam Dominum in omni tempore: semper laus eius in ore meo. «Je bénirai le Seigneur en tout temps: sa louange est toujours en ma bouche.» In ore meo... Le mot latin os (qui désigne la bouche en l’un des chants de cette longue chaîne fraternelle) mérite qu’on le regarde, qu’on le contemple: à sa simplicité naturelle de monosyllabe, il ajoute en effet cet avantage que son unique voyelle prend exactement la forme de la réalité qu’il signifie. Et pour peu que l’on ait l’oreille aussi fine que le regard, on entendra bientôt se dessiner une constellation sonore entre oral, orée, aurore, seuls les deux premier mots étant réellement apparentés, mais qu’importe. Reste qu’avec ces trois mots-là nous sommes au cœur de l’événement – du miracle – dont le présent enregistrement nous offre l’évidence, asseyant ainsi au plus intime de nous-même la certitude que l’avenir commun de l’humanité peut se construire et se reconstruire sans cesse à voix nue. De fait, les voix convoquées ici nous convoquent à leur tour en ce lieu commun d’humanité où l’oralité, dans une émanation aussi maîtrisée que libre, évoque les origines. Orée, aurore... Lorsqu’il ouvre la bouche en vérité, l’homme ouvre tout aussitôt les persiennes du monde. Ce qui se donne à entendre, alors, fait merveilleusement jour et donne à penser que des jours meilleurs ne sont pas une illusion.

Ici se donne une fête où les voix sont convives. L’on entend tout le bonheur qu’elles ont de se rencontrer, mais comme se rencontrent des sages; de se mesurer les unes aux autres, mais sans nulle arrière-pensée de domination; de s’amuser, s’il se peut dire, les unes aux autres – musique oblige! –, mais dans la plus grande considération mutuelle. Ici l’on fait commerce de joie, d’une haute joie dont chaque voix est pour sa compagne l’échanson. Parmi ces commensaux qui parviennent à l’unanimité en se faisant l’offrande mutuelle de leur patrimoine respectif, le plus enraciné dans la terre et dans le ciel tout ensemble, il fait bon vivre, et l’on entrevoit qu’un bien vivre ensemble est possible. Ce qui est nous donné à entendre en cette suite est d’une extrême clarté, et sans doute est-ce cette clarté, cette espèce de nudité qui d’emblée nous convainquent, qui nous dépaysent aussi, tant nous sommes désormais saturés par des modes d’oralité dévalués, déchus de leur noblesse primitive. D’où qu’il parte, et de quelque tradition qu’il soit le porteur, l’homme qui intervient en cette «conversation» est fondamentalement le même: le premier homme au premier jour, la première voix.

Les chants que ce festival, cette grande fête musicale, met en éventail sont autant de «béatitudes» prononcées sur les justes, les doux, les artisans de paix; autant d’invitations à la prière, la prière étant elle-même, sans doute, la toute première intonation première de l’homme. À chaque fois – à chaque voix – c’est la même histoire, le même commencement, la même tentative, mais exaucée par le silence qui la promeut, qui l’espace, qui la suit. C’est la même humanité native qui se déclare. C’est la même transcendance qui se devine, lors même que nous demeurent incompréhensibles – mais si provisoirement, au fond! – les idiomes qui la désignent, ou plutôt qui l’enluminent avec révérence. Une voix s’élève, s’affirme, s’assure d’une assise à la fois résistante et souple, comme le ferait un marcheur: elle se trouve, au sens le plus concret du terme, une espèce de «firmament» – firmamentum – c’est-à-dire un ciel intérieur, mais solide et propice, en conséquence, à maintes excursions plus audacieuses.

L’itinéraire qu’elle décrit dans l’échelle des sons semble se traduire insensiblement dans le registre visuel: on la voit, et l’on voit se déployer avec elle – construit par elle –un paysage entier! Elle essaie, elle s’aventure, elle interroge, mais avec une agilité qui laisse à présumer qu’elle est déjà passée maintes fois par le sentier qu’elle emprunte. L’appui une fois bien assuré, elle tâte des montagnes, elle s’étourdit à plaisir, comme un oiseau de grande envergure, de la vibration presque plane de ses rémiges, elle fuse, elle explore des ravins, des canyons subits, des régions d’ombre majeure, elle s’expose au grand soleil: le relief entier du monde surgit au gré de ses évolutions qui l’inventent, il naît de sa marche même qui décide de lui avec une liberté souveraine. Au-delà du raisonnement, et par la seule grâce de la chair qu’elle convoque toute entière en son émission, la voix nue prouve l’existence de l’Altitude qu’elle atteint. La voix est ici, et simultanément, un toucher-terre et un toucher-ciel: c’est parce qu’il est fermement campé sur son «firmament» le plus intime que le chanteur peut «déclarer» – le son est lumière – l’orientation spontanée de l’homme vers un «Toi» qui le dépasse.
Dans un moment tout à fait premier de son histoire universelle, et que chaque acte de chant particulier réédite (c’est d’ailleurs ce qui le rend si émouvant), l’homme n’a que sa voix, que l’instinct de sa voix pour toucher son Auteur: allant ainsi tout droit au Vif, fût-ce à travers d’innombrables détours, la voix, dans sa simplicité, est une espèce d’arme blanche. Âge d’or (au demeurant toujours accessible) que celui où l’homme n’en avait point d’autre que celle-là! S’il y a du sacré, en la circonstance, il ne saurait donc se concevoir comme une valeur surajoutée: il réside déjà tout entier dans la posture de l’acte vocal lui-même et dans la manière dont il s’arrime à l’Invisible qu’il tutoie, comme au texte vénérable qu’il embouche. Tout ce qui se donne à entendre ici tient magnifiquement debout. L’on pense aux mots de Rilke, dans l’un de ses Sonnets à Orphée: «Sur ce qui passe et qui s’en va, avec plus de largesse et plus de liberté, ton chant inaugural reste et persiste!... Seul sur la terre, le chant célèbre et sanctifie.»

À travers sa voix mise en train par l’auxiliaire instrumental (lequel devient parfois, et longuement, le protagoniste), l’homme manifeste sa condition première de jongleur, autrement dit d’enfant. Rien de plus sérieusement enfantin que le rythme: la main qui l’imprime et le scande est aussi souveraine que la voix. Dans le fondu enchaîné des modalités les plus originelles, des intervalles musicaux les plus astreints ou les plus exubérants, les grandes traditions religieuses de l’humanité s’avèrent être étonnamment perméables les unes aux autres: elles s’entendent, elles sont d’intelligence, sans pour autant se confondre. Les échelles sonores sont ici la règle du jeu. Elles sont les mots de passe que les partenaires de cette symphonie d’humanité saisissent au vol comme s’ils se connaissaient depuis toujours, leurs chants se faisant allusion les uns aux autres pour se donner la paix –pour nous la donner. Car c’est au fond le même Nom divin – Père et Mère à la fois – que les poèmes mystiques de l’Islam, de l’Inde et de l’Occident chrétien caressent à travers des images et des invocations diverses, c’est de la même Dame-Beauté qu’ils s’enchantent, c’est de la même quête brûlante d’amour qu’ils nous entretiennent. Qu’ils soient de haute antiquité ou quasi contemporains, les aspirations qu’ils exhalent témoignent d’une bouleversante continuité. Tissée de textes originaires des points les plus extrêmes du monde, et ce, de façon de plus en plus serrée à mesure qu’elle s’achemine vers sa résolution, la cantilène universelle élabore un grand traité de paix. Celui-ci laisse à penser que la voix, dans la jubilation et la savante ingénuité de son geste, est bien la maîtresse d’un banquet futur et l’avant-coureuse d’une civilisation telle que nul n’en soit exclu. À l’horizon d’un monde qui peine à construire son unité et qui prend parfois prétexte de la transcendance même pour légitimer les violences les plus aveugles, le moment de grâce ici diffusé nous indique de quel côté se trouve notre espérance-vie.

FRANÇOIS CASINGENA-TREVEDY, OSB.










1. Al-AdhánCall to prayer (Islamic tradition)
Nouredinni Tahiri, voice

The call to prayer is the symbolic sound of the Islamic tradition; whilst turning towards Mecca, the muadhdhin (or muezzin) recites the adhân five times on each day, in order to announce to the faithful the arrival of the hour for ritual prayer.

L’appel à la prière est le symbole sonore de la tradition islamique ; le mouadhdhin (ou muezzin) le chante 5 fois par jour, en se tournant vers La Mecque, pour annoncer aux fidèles l’arrivée de l’heure de la prière rituelle.


2. BenedicamGradual (plainchant)
Dominique Vellard, voice

Performing this Gregorian gradual in the seventh mode has been made feasible by way of a linked reading involving two manuscripts: that from Laon (end of the 9th century) marks out the rhythmic pattern (using the notation of neumes) and that from Gaillac (11th century) provides the melody.

L’interprétation de ce graduel grégorien du 7ème mode est rendue possible grâce à la lecture conjointe de deux manuscrits : celui de Laon (fin du ixe siècle) en indique la conduite rythmique (écriture neumatique) et celui de Gaillac (XIe sièmecle) en donne la mélodie


3. Lalitha SaharsaranamamVedic recitation
Aruna Saïram, voice

A Vedic recitation, whose title means literally “The one thousand divine names of the Universal Mother”. These chants have been chanted by many peoples, even up till today, with the aim of attaining peace of mind and equanimity.

Récitation védique, « les mille noms de la Mère universelle ». Ces versets sont récités par de nombreuses personnes, encore de nos jours, pour obtenir la paix de l’esprit et la sérénité.


4. Kanthamam Kathirkamam / AlleluiaMayuram Vishwanatha SASTRI (Raga Sindhu Bhairavi) / Anonymous
Aruna Saïram, voice
Dominique Vellard, voice
H.N. Bhaskar, violin
Patri Satish Kumar, mrindangam
Baptiste Romain, fiddle & voice
Keyvan Chemirani, zarb

This Tamil-language poem celebrates the Divine Muruga who resides in a temple in Kadirkamam, a village in Sri Lanka. The work was composed by Mayuram Vishwanatha Sastri, in the Sindhu Bhairavi raga. From a compositional point of view the Alleluia is a late work, and one which alternates between free and rhythmic sections (Hohenfurt Abbey, 1410).

Ce poème en langue Tamil célèbre le Divin Muruga qui réside dans un temple à Kadirkamam, un village du Sri Lanka. La composition est de Mayuram Vishwanatha Sastri, dans le raga Sindhu Bhairavi. L’Alleluia est une composition tardive qui alterne parties libres et parties rythmées (Abbaye de Hohenfurt, 1410).



5. Al KalbouMowale (naawande mode)
Nouredinni Tahiri, voice
Driss Berrada, oud
Keyvan Chemirani, zarb

“The heart” (mawwal, maqam nahawand). The mawwal is a free chant and the maqam (or mode) nahawand is of Iranian origin. This particular piece is sung during Sufi ceremonies in the style of the Samâ.

« Le cœur » (mowale, mode naawande). Le mowale est un chant libre. Le mode naawande est d’origine iranienne. Cette pièce est chantée lors de cérémonies Soufi dans le style du Samâ


6. Puis que ma dolourGuillaume de MACHAUT (virelai)
Dominique Vellard, voice
Baptiste Romain, fiddle
Keyvan Chemirani, zarb

Born in Rheims, Guillaume de Machaut (1300-1377) is unquestionably the preeminent figure of the 14th century, as outstanding as a poet as he was a musician, and he was celebrated by his contemporaries as “the master of all melody”.

Originaire de Reims, Guillaume de Machaut (1300-1377) est sans conteste la grande figure du XIVe siècle, aussi grand poète que musicien ; il est célébré par ses contemporains comme « le maître de toute mélodie ».


7. Raga AmritavarshiniMuthuswami DIKSHTAR
Aruna Saïram, voice
H.N. Bhaskar, violin
Patri Satish Kumar, mrindangam

The composer Muthuswami Diksthar (17th-18th centuries) once travelled to a drought-ridden area to find a people wasting away from thirst and hunger. He composed and sang this chant Anandamritakarshini, which means “rain of nectar”. Within minutes it started to rain copiously and the lives of many people were saved.

Le compositeur Muthuswami Dikshtar (XVIIe-XVIIIe siècle) voyagea un jour dans une région désertique pour rencontrer une population se consumant de soif et de faim. Il composa et chanta ce chant Anandamritakarshini qui signifie « pluie de nectar ». Au bout de quelques minutes, il se mit à pleuvoir abondamment et de nombreuses vies furent sauvées.


8. Entre terre et cielBaptiste ROMAIN (instrumental)
H.N. Bhaskar, violin
Patri Satish Kumar, mrindangam
Driss Berrada, oud
Dominique Vellard, oud
Baptiste Romain, fiddle
Keyvan Chemirani, zarb

This composition has a Cantiga de Santa María as its starting point, which acts as the melody punctuating a set of melodic and rhythmic improvisations.

Cette composition, construite à partir d’une Cantiga de Santa María, sert de refrain ponctuant des improvisations mélodiques et rythmiques


9. Ihesus CristzGuiraut RIQUIER
Dominique Vellard, voice
Baptiste Romain, fiddle

Devout chanson by the troubadour Guiraut Riquier (1230-1300). Riquier, who was born in Narbonne, was the last great troubadour in the Occitan language. A poet by training, he spent his life in various courts, in particular that of Alfonso X El Sabio in Castile.

Chanson pieuse du troubadour Guiraut Riquier (1230-1300). Riquier est le dernier grand troubadour occitan, originaire de Narbonne. Poète de métier, il passe sa vie dans diverses cours, notamment dans celle d’Alphonse X de Castille « le Sage ».


10. Raml el mayaArabo-Andalusian repertoire
Nouredinni Tahiri, voice
Driss Berrada, oud
Keyvan Chemirani, zarb

From the Arabo-andalusian repertory: this is an extract from a nubah from the Fes tradition. The origins of the nubah go back to medieval Spain and consist of a highly-codified repertory: each nubah is made up of five to ten sections where the vocal lines alternate with instrumental passages.

Répertoire arabo-andalou : extrait d’une nouba dans la tradition de Fès. La nouba trouve son origine dans l’Espagne du moyen-âge. C’est un répertoire très codifié: chaque nouba comprend de 5 à 10 sections où le chant alterne avec les passages instrumentaux.


11. Eppo VaruvaroGopaalakrishna BHAARATIYAAR
Aruna Saïram, voice
H.N. Bhaskar, violin
Patri Satish Kumar, mrindangam

This song, whose text is written in the Tamil language, was composed nearly two centuries ago by Gopaalakrishna Bhaaratiyaar: it forms part of the Nandanar ballet, which describes the journey of a poor and oppressed believer in search of spiritual illumination.

Cette chanson en langue Tamil fut composée par Gopaalakrishna Bhaaratiyaar il y a près de deux siècles ; elle fait partie du ballet Nandanar qui décrit le voyage d’un pauvre dévot opprimé à la recherche de l’illumination spirituelle


12. Por nos Virgen / Chamss el achiyaAlfonso X el Sabio (cantiga) / Arabo-Andalusian repertoire
Dominique Vellard, voice & oud
Nouredinni Tahiri, voice
H.N. Bhaskar, violin
Patri Satish Kumar,
mrindangam Driss Berrada, oud
Baptiste Romain, fiddle
Keyvan Chemirani, zarb

Compiled by Alfonso X el Sabio, the collection of Cantigas de Santa María – of which Por nos Virgen is one – consists of some 420 songs dedicated to the Virgin Mary and written in Galego, the Galician language. The chant Chamss el achiya is an extract from an Arabo-Andalusian nubah – passed on by the Fassi tradition – in the Maya maqam. An instrumental composition by Dominique Vellard based on the Por nos Virgen cantiga brings this dialogue to a conclusion.

Compilé par Alphonse X le Sage, le recueil des Cantigas de Santa María comprend 420 chansons dédiées à la vierge Marie, écrites sur des poèmes en langue galicienne. Le chant Chamss el achiya est extrait d’une nouba arabo-andalouse perpétuée par la tradition fassi, dans le mode Maya. Une composition instrumentale de Dominique Vellard sur le mode de la cantiga Por nos Virgen termine ce dialogue.


13. Shanti / Salam / Agnus DeiSetumaadhava RAO / Improvisation / Plainchant
Aruna Saïram, voice
Nouredinni Tahiri, voice
Dominique Vellard, voice
H.N. Bhaskar, violin
Patri Satish Kumar, mrindangam
Driss Berrada, oud
Baptiste Romain, fiddle
Keyvan Chemirani, zarb

Shanti: this chant was composed at the time when the Indian people were struggling for their independence and were following the precepts of non-violence, as advocated by Gandhi. The custom of singing it at the end of every concert of classical music soon became established, the purpose being to encourage a spirit of freedom within the people.
Salam: this chant is improvised here upon the text of a prayer.
Agnus Dei (Gregorian plainchant, fourth mode): this chant forms part of the Ordinary of the Mass in the Christian tradition. Its first appearance dates back to a 10th century manuscript.

Shanti : C’est au moment où le peuple indien luttait pour son indépendance, suivant les préceptes de non-violence préconisés par Gandhi, que ce chant a été composé. S’est instaurée ensuite l’habitude de le chanter à la fin de chaque concert de musique classique, afin de stimuler dans la population l’esprit de liberté.
Salam : ce chant est ici improvisé sur le texte d’une prière.
Agnus Dei (grégorien – 4ème mode) : ce chant fait partie de l’ordinaire de la messe dans la tradition chrétienne, il apparaît pour la première fois dans un manuscrit du 10ème siècle.










‘Trialogue’

“A human being is a vessel that God fashioned for himself, which he has imbued with his spirit, so that his works may be perfected in it.” (Hildegard of Bingen)


I. A searching, a meeting…

Since the middle of the 19th century, many musicians and scholars have been searching for keys to the understanding of Gregorian chant by investigating extra-European musical traditions. This too has been my own approach: to reach out into the source of oral musical traditions for universal vocal gestures which permit the transmission of both the spirit and the emotion of the words through them being sung.

If, in the last hundred years or so, music has shed a substantial part of its functions, for the man of the Middle Ages, it served a double purpose: personal as well as social. As the gateway to the Divinity, as the way of understanding the perfection of Creation and of the place of man within that Creation, music has, at the same time, played a part in man’s integration within his social environment, so as to form and shape him, and to entertain him as well. In the majority of the great mystical traditions, the cantor is the bearer of a power which passes through him: his whole art consists in transmitting what he has been provided with; any affectation on his part is strictly denied him as it would render his singing invalid or worthless. Such a form of singing unyoked from the ego of a singer becomes imbued with its own characteristic power, one of its principal functions being to touch our greatest inner depths by breaking our resistances. And it is in the pursuit of this deep truth in singing, of its meaning and reason which have lead to the creation of the repertories in which I am involved, that it seemed to me important to face other musical traditions, urging from me extended artistic demands in order to be able to converse with artists established in strong and age-old traditions.

After more than 15 years of being involved in the music of the Middles Ages I had the opportunity of meeting Aruna Saïram, and of putting together an initial concert programme with her. We took the time to seek from within our individual repertories those pieces which seemed to find an echo in the ear of the other. Gradually, we were able to establish a rich musical and human dialogue. This friendship and sense of agreement between us has since led to some thirty concerts across Europe, India, Morocco and Malaysia (as well as a recording for emi, entitled Sources, released in 1999). Our encounter in 2002 with the Moroccan singer Noureddine Tahiri inspired a new programme, which is possessed of a single direction: the pleasure of dialogue – each tradition, each religion being enriched by and from listening to that of the others. Emerging from this has come an underlying message which is revealed in the final piece on this recording, that of a peace for all, yearned for by each one of us.

In order to pursue this wonderful musical and human adventure, we have wanted those instrumentalists regularly accompanying us within our respective traditions to also be involved. With their participation we can thus draw on those areas of our repertories which call for more than just “pure-voice singing”. This also brings out additional artistic connections and correspondences. So, we have three instruments providing their own form of melodic support to the chorus of voices on this recording: the violin for the Carnatic singing, the oud for the Arabic music and the fiddle (vièle à archet) for the medieval traditions. In this coming together of the three traditions an important level of rhythmic support is provided by mridangam and zarb.

During the course of a creative residency in Chambéry in June 2011, each one of us was able to take the time to suggest pieces capable of communicating not just on the level of textual content but also on the modal or rhythmic level. Whether it is a case of songs of true praise or even the human expression of love running alongside one dealing with mystical love, the programme for this recording progresses in a form similar to the way that our initial encounter took place: by the progressive implementation of musical resources – a song initiated by a solo voice is gradually supplemented by the contribution of its corresponding melodic instrument, which enrobes it so as to take it towards another mode of expression, spurring on, in turn, all the “earthly forces” (here the percussion instruments act as the earthly foundation of the chant) or by gathering a momentum which liberates it from its limitations, from its frontiers.

This recording represents that stage of self-fulfilment which every musician seeks to reach the most often possible in his or her career, it is the witness of true agreement and understanding by way of music and, in the process, a bearer of a powerful message of dialogue, of respect and friendship between the three great traditions which have been brought together here, as much in a musical as a spiritual way.

DOMINIQUE VELLARD
translation: Mark Wiggins


II. Between earth and heaven...

Benedicam Dominum in omni tempore: semper laus eius in ore meo. “I will praise the Lord at all times: his praise shall always be in my mouth.” In ore meo... The Latin word os (which refers to the ‘mouth’ in one of this extended fraternal series of chants) merits being contemplated, being reflected upon: to its natural monosyllabic simplicity comes the further advantage that its single vowel takes exactly the shape of what it is denoting in reality. And if your hearing is as sharp as your vision, you will soon hear forming a sound group, which involves the French words oral, orée and aurore. Only the two first words are really similar, but, no matter. Still, it remains true that these three particular words take us directly in the midst of the event – indeed, of the wonder – which this present recording is supplying us with evidence. In the most intimate way it establishes for us the belief that the common future of humanity can be constantly constructed and reconstructed by the use of bare voices. Indeed, the voices called together here bring us one by one towards this shared place of humanity where the oral character, both restrained and yet liberated, is reminiscent of those starting points, as reflected on the French words orée and aurore (beginning and dawn). When a human being opens his mouth in truth, he or she immediately is opening up the shutters of the world. So, what we are being provided with here to hear makes wonderful sense and also suggests that the notion of better days lying ahead is not illusory.

This programme represents a celebration where the voices are as guests at a banquet. As listeners we are in a position to hear all the happiness that these performers have of meeting together like this; like a gathering of the wise with each one of them pitting him or herself against the others, yet with no preconception of anyone trying to gain undue influence or control; of, if one might say, entertaining each other (blame the music, after all!) yet all within an atmosphere of mutual esteem. Here, one is dealing in joy, at a high level where each voice, each performer acts as the cupbearer for his or her companion. Among other things, these fellow guests at the table each contributing to a state of unanimity through drawing the mutual offering from their own respective heritages (the most deeply-rooted offering on earth and in heaven all in one place) serve to make a place that is good to live in – and you catch a glimpse that a better way of living together is possible. Something that is so noticeable from this vocal suite is its immense clarity. Undoubtedly it is this lucidity, this form of nakedness, which immediately convinces us. Yet we are also disorientated by it, so saturated have we become by modes of oral character, which are devalued and stripped of their original nobility. It is not a matter of where the individual performer comes from, nor of which tradition he or she may represent, each of them taking part in this “conversation” acts precisely in the same way: the first human being on the first day, the first voice.

The chants brilliantly displayed represent so many Beatitudes pronounced on those thirsting for justice, on the meek or on the peacemakers; these chants represent so many invitations to prayer, prayer itself undoubtedly having been mankind’s very first utterance. In each of the chants here – from each of the voices – it is the same story which comes forth, the same beginning and the same endeavour. Yet, in each case there is an answering silence, which advances the chant’s cause, spreading it out and following on from it. In each case it is the same innate humanity which declares itself and takes a stand. Throughout, one can detect the same transcendental importance appearing, even if the idioms which represent that importance (or rather those idioms which illumine it with great respect) remain impossible for us to understand – albeit provisionally, deep down! What we can experience here in these chants is that one voice rises up, imposes itself, making sure of a foundation which is both resilient and flexible, rather as though a walker was supporting it: that foundation becomes, in the most concrete sense of the term, a kind of “firmament”, firmamentum in Latin – or, to put it another way, an inner sky, yet one which is consequently solid and favourable towards making many more such daring excursions.

The itinerary which each voice maps out through using its appropriate scale of sounds seems also to find expression in the visual register, albeit in a gradual way: we see the voice, and then we see an entire landscape being unfurled by the voice – constructed, in fact, by it! The voice experiments, it takes risks and chances, it interrogates, but does all this with an agility which allows one to assume that the voice has previously passed many times by the route which it is currently taking. With the support and foundation now well-assured, the voice tests and tries out the mountains, dazzling for the sake of it – like a bird blest with a broad wingspan – by the almost horizontal vibration of its feathers. The voice bursts forth, exploring ravines, sudden canyons, and regions of great shadow, the voice, too, is exposed to the vast sun: the entire surface of the world rises up at the whim of – and is devised by – her movements. From her onward progress springs even he who determines with a supreme freedom. It reaches the level beyond reasoning and thanks to the flesh which is summoned complete by her utterance, the unadorned voice demonstrates the existence of the Altitude which it is reaching. At one and the same time the voice is touching both the ground and the sky: this is because the singer is strongly installed on the most intimate “firmament”, in order that he or she can register – sound is light – the free and unconstrained heading of mankind towards an all-surpassing “You”. In a moment which is the very first in its universal history and which each specific act of singing restates and renews (it is that, incidentally, which makes it so moving), mankind only has his voice, is possessed only of the instinct of his voice with which to approach his Maker: heading straight towards the Living force, albeit by way of innumerable detours, the voice, in its simplicity, acts as a kind of blade. It is indeed a Golden Age (while always remaining attainable) when man has no better means at his disposal than his voice! If there is something of the sacred on this particular occasion, it should not be understood as comprising something additional; the sacred already exists complete there in the posture of the vocal act itself and in the manner by which the vocal act approaches and addresses the Invisible, such as with the ancient text which it is employing. Everything that one hears here makes beautiful sense. One thinks of Rilke’s words, in one of his Sonette an Orpheus: “Over what passes and what changes, ever wider and ever higher, your opening song remains and endures!... Alone on earth does song celebrate and consecrate.”

The human being demonstrates his basic condition of acting as a minstrel at the point where his voice is provided with the use of additional instrumental support (which sometimes assumes here, and lengthily so, the leading role), or to put it another way, of being a child. There is nothing more earnestly childlike than rhythm: the hand which transmits it and which marks and beats it is as supreme as the voice. Mankind’s great religious traditions turn out to be startlingly permeable to each other with the rapid succession of the most original modalities and the most compelling and exuberant musical intervals here: they hear each other, they are in agreement with each other, without, for all that, clashing. Here, it is the musical scales which provide the set of rules for the game which is being carried out. They act as passwords which the partners of this symphony of humanity catch in mid-air as though they had been acquainted with them for a long time, their songs alluding to each other in order to locate the sign of peace – in order to offer it to us. For, deep down, it is the same divine Name – Father and Mother together – which the mystical poems from Islam, from India and from the Christian West are caressing by means of varied and changing images and invocations, it is by the same Lady-Beauty that they are charmed, it is by the same burning quest for love that they entertain us. Whether they come from far back in time or almost from today, the yearnings and longings, which they utter, bear witness to a deeply-moving continuity. Woven out of original texts from the furthest reaches of the world, and doing so in an increasingly restricted way as it heads towards its resolution, the universal cantilena draws up a grand treatise on peace. This leads one to the conclusion that the voice, in the exultation and the learned innocence of its gesture, is rightly the central idea of a future banquet and the forerunner of a civilization from which none will be excluded. In view of a world which struggles to create a unity and which sometimes even takes advantage of transcendence in order to legitimize the most reckless acts of violence, the moment of respite presented here shows us from which direction is to be found our life-span.

FRANÇOIS CASSINGENA-TREVEDY OSB
translation: Mark Wiggins








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